Les Places d’Or, c’est 15 éditions qui confortent un statut de salon exclusif et exceptionnel. Le salon célèbre son quart d’existence en mettant en valeur les liens entre les métiers d’arts et les industries du packaging. Des ateliers sont proposés aux visiteurs désireux de découvrir des artisans d’art. L’initiative confirme l’approche artistique de l’exposition qui conclut son 25ème anniversaire sur une note positive.

Pierre HERME : L’élévation des sens, quand le Goût rencontre l’esthétique

Ispahan, Carrément Chocolat, Tarte Infiniment Vanille, Venus, macarons… des musts qui ont conquis la planète. Au-delà de son immense talent de pâtissier, Pierre Hermé est à la fois entrepreneur, esthète, épicurien, novateur jusque dans les emballages de ses produits. Rencontre.

Réservé, mais mondialement connu ; pâtissier de génie, nez par plaisir olfactif ; amateur d’art contemporain et d’Immortelles du maquis corse : il est si singulier ! Alors que nombre de businessmen ont donné leur nom à une marque éponyme sans réellement contrôler les coulisses de leur empire, Pierre Hermé reste Pierre Hermé et s’implique dans la création de chacun de ses produits. Ses emballages sont chaque année inventifs et précieux, jusqu’où s’implique-t-il ?

Créatif, vous travaillez à la manière d’un styliste, illustrant vos idées et associations de goûts par des dessins. En est-il de même pour le packaging ?

Il existe plusieurs cas de figure mais en règle générale j’ai déjà une idée en tête, du style des packaging. La forme sera quant à elle définie, bien évidemment, en fonction du produit. Après le brief initial, je suis toutes les étapes de développement jusqu’à la validation finale du projet en cohérence avec le produit. S’agissant de mes dessins, ils sont un moyen d’échange avec les pâtissiers qui travaillent avec moi à l’atelier de création pour mettre en évidence les proportions entre les éléments ce que j’appelle l’architecture du goût. C’est sont des dessins fonctionnels, même si j’y ajoute quelques fois de la couleur, je manque de temps pour me livrer à une esquisse vraiment artistique.

Êtes-vous impliqué dans la recherche de fournisseurs ?

Nous avons en interne une personne spécialisée en charge de cette phase importante du projet de création et elle nous est précieuse pour mettre en forme certaines de nos idées originales, voire trop originales, pour les concrétiser techniquement.

Esthète, vous mettez souvent à contribution designers et artistes pour créer vos conditionnements, quel est le cheminement ?

Je suis curieux de nature et m’intéresse à beaucoup de sujets, le graphisme en particulier mais l’art en général qui forge la culture personnelle. S’y intéresser permet de développer des capacités de discernement et ouvre l’esprit. Depuis toujours dans la Maison Pierre Hermé Paris nous avons initié des collaborations avec différents artistes, que ce soit pour des emballages ou d’autres formes. Elles sont toujours le fruit d’une rencontre, de l’envie de travailler ensemble. Le style est quelque chose de précieux à mes yeux. Que ce soit avec Kenya Hara avec qui nous avons développé une édition spéciale avec sa fameuse boîte pour le gâteau Ispahan, Yan D. Pennor’s pour le dessin et l’emballage d’une de mes créations « La Cerise sur le gâteau », Nicolas Buffe pour différents packagings et produits.  Confronter notre métier à d’autres disciplines artistiques est un enrichissement mutuel qui ne répond à aucun schéma prédéfini. L’année passée pour les fêtes de fin d’année nous avons travaillé avec l’artiste et designer Marjorie Colas qui nous a fait rentrer dans son univers de créations oniriques en papier.

Avec quels autres artistes avez-vous collaboré sur un projet de packaging ?

Bernar Venet fait partie de mes belles rencontres. Lors d’une exposition de bijoux d’artistes de son épouse, je fus inspiré par la reproduction de ses monumentales sculptures en bijoux infiniment petits. L’idée d’une fève a germé. Après avoir décliné l’idée une première fois, celui qui est devenu un ami et avec qui les échanges se poursuivent, a accepté à condition de s’impliquer également sur l’aspect visuel de la galette. Enfin dernièrement, nous avons fait appel à Philippe Baudelocque dont une œuvre est en exposition permanente au Palais de Tokyo. Nous avons échangé avec lui et Philippe est revenu avec de nombreuses idées que nous avons pu mettre en œuvre et qui seront reportées sur les produits mêmes. Pour qu’une collaboration ait un sens, il est important de ne pas trahir l’esprit de l’artiste à chaque phase du processus d’élaboration et c’est pourquoi nous lui demandons toujours son avis.

Avec lequel aimeriez-vous travailler ?

Il y en a beaucoup ! Cyril Kongo par exemple, un artiste de street-art.

« Apprivoiser les textures, bousculer les sensations, provoquer des contrastes », cela s’applique-t-il au conditionnement ?

Aujourd’hui, nous sommes en période de réflexion, allant dans le sens de l’histoire, pour savoir comment remplacer le plastique totalement. Par conséquent, nous devons plus nous attacher au fond qu’à la forme même si on voit moins bien le produit dans son emballage. Le packaging doit être esthétique, éthique et écologique. Nous devons tous passer à une vitesse supérieure et c’est à nous, donneurs d’ordres de bousculer les choses. En échangeant avec les fournisseurs et nos confrères, nous sommes en passe d’y arriver.

Curieux, vous aimez les collaborations : La Maison du Whisky, les bouquets Jardin de Palerme et Ispahan de Bergamote, Café Dior, Les Deux Magots, La Maison du Chocolat …et L’Occitane. Pouvez-vous nous parler de cette dernière collaboration ?

J’avais déjà personnellement travaillé sur le parfum, un univers auquel je suis très sensible.

Lorsque Reinold Geiger m’a proposé de créer une collection de parfums 86 Champs-Élysées, j’étais d’emblée très enthousiaste d’autant que j’avais carte blanche. J’ai ainsi créé une collection de 11 parfums originaux.  Pour les packagings de ces parfums, je souhaitais quelque chose de sobre et de simple sans superflus.

Quel univers, que vous n’auriez pas encore exploré, vous intéresse ?

La gourmandise raisonnée et la pâtisserie vegan, deux sujets d’avenir. La première consistant à réfléchir sur l’apport alimentaire pour réduire le nombre de calories en pâtisserie. Quatre gâteaux sont déjà nés de cette étude menée avec le pâtissier Frédéric Bau. La seconde fait l’objet d’une collaboration avec la Maison du Chocolat et d’une veille sur toutes les initiatives allant dans ce sens.

Une actualité pour la fin de l’année ?

Nous prévoyons le lancement presse en septembre de nos produits de fin d’année au Palais de Tokyo pour mettre en avant la collaboration avec Philippe Baudelocque. Vous découvrirez également le dernier parfum 86 L’Occitane & Pierre Hermé « Cèdre et Cédrat », une subtile complicité de deux odeurs qui se superposent, l’une boisée, l’autre à connotation d’agrumes. La publication d’un nouveau livre sur les dernières créations de Macarons aux Éditions Lamartinière.