Les Places d’Or, c’est 15 éditions qui confortent un statut de salon exclusif et exceptionnel. Le salon célèbre son quart d’existence en mettant en valeur les liens entre les métiers d’arts et les industries du packaging. Des ateliers sont proposés aux visiteurs désireux de découvrir des artisans d’art. L’initiative confirme l’approche artistique de l’exposition qui conclut son 25ème anniversaire sur une note positive.

Dorota Bednarek : Une artiste hors du commun

Dorota Bednarek est une artiste surprenante, aux multiples talents et facettes, avec une énergie débordante et une détermination absolue – celle de partager avec le monde, sa philosophie d’un positivisme énorme. Travaillant des matières lourdes et dures pour ses sculptures et installations, Dorota Bednarek scelle son message dans une matière quasiment indestructible. Avantage : ce message ne se perdra jamais plus. Inconvénient : lorsque vous possédez une œuvre de Dorota Bednarek et vous devez déménager, vous vous souviendrez d’elle – ses œuvres pèsent plus de 300 kilos… Interview.

Dorota, vous êtes Polonaise – pourquoi êtes-vous venu vous installer en France ?

Dorota Bednarek : Vous savez, toute la Pologne est amoureuse de la France. On associe la France à l’élégance, la beauté, la liberté et la qualité de vie. Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours voulu venir et vivre en France. Ceci dit, depuis que je vis en France, je relativise un peu, mais néanmoins, je suis heureuse de mon choix. Ici, je peux vivre mon rêve artistique, le rêve de ma vie. En Pologne, où on ne considère pas vraiment le travail des artistes comme un « vrai » travail, je n’aurais pas pu vivre ce rêve.

En plus, je voulais étudier dans une école en France et j’avais donc envoyé mon CV un peu partout en France et c’est « ArtDéco » à Strasbourg qui m’a répondu en premier en m’invitant à venir passer un test d’admission. Je me souviens très bien de ce jour-là, arrivée en bus à 5 heures du matin à Kehl, traverser la frontière à pied, chercher les bâtiments d’ArtDéco et du test. Le soir, je suis retournée en Pologne et déjà quelques jours plus tard, j’ai reçu le courrier qui confirmait mon admission !

Mais après, tout n’était pas si facile que ça, non ?

DB : Vous avez raison, au début, tout était compliquée. D’abord, il y avait beaucoup de démarches administratives et ce, dans une langue que je ne maîtrisais pas encore tout à fait. Ensuite, j’avais gagné une bourse en Pologne qui m’aurait permis de suivre mes cours sans me soucier des questions matérielles. Mais cette bourse ne s’est jamais concrétisée, je me retrouvais du coup sans ressources, sans rien. Je me souviens des nuits en sac de couchage dans un petit studio quartier de la gare, sans chauffage, sans rien…

Pourquoi vous n’êtes pas rentré au pays, à ce moment-là ?

DB : Parce que j’étais en train de vivre mon rêve et je le vis toujours, d’ailleurs. Oui, j’ai connu la précarité, mais je ne pouvais pas trahir mes convictions. J’étais en France, à Strasbourg et je voulais m’en sortir et vivre cette expérience.

On sent cette volonté de fer et du coup, il est moins surprenant de vous voir travailler sur des matériaux durs et lourds. Vous voulez inscrire votre message dans du marbre, c’est ça ?

DB : C’est un peu ça, oui. Et je ne pouvais pas accepter que la vie m’impose de telles limites. Mes parents étaient aussi artistes, je voulais poursuivre ce chemin de mon destin et jamais, je n’ai pensé à jeter l’éponge et rentrer en Pologne, pour me chercher un petit boulot et abandonner mon rêve. Ma vie, c’est la sculpture et la peinture et oui, peut-être vous avez raison en ce qui concerne le choix de mes matériaux.

Venons à l’actualité – comme pour d’autres artistes, vos projets sont actuellement stoppés, comment vivez-vous cela ?

DB : Oui, en effet, plusieurs projets étaient prévus en fin 2020, comme une installation à Paris, devant l’Hôtel Le Meurice, Rue de Rivoli. Ma sculpture « Monolithe 2 » aurait dû y être exposée au mois de novembre, mais deux jours après avoir transporté cette œuvre à Paris, le deuxième confinement a été annoncé et la manifestation à l’Hôtel Le Meurice a été reportée. Aujourd’hui et en attendant les prochaines installations, « Monolithe 2 » est revenu à Strasbourg et on peut la voir actuellement au 5, Rue de Prague, à Strasbourg. Normalement, le projet parisien devrait avoir lieu en novembre 2021 et j’espère beaucoup que d’ici là, on pourra à nouveau bouger, se déplacer et vivre aussi la culture.

Et vous avez d’autres projets en cours ?

DB : Oui, tout à fait ! Normalement, j’aurais dû participer à « L’Industrie magnifique » qui malheureusement, a été reportée aussi à cause de la Covid-19, mais la Chambre de Commerce et de l’Industrie de Strasbourg et de l’Eurométropole m’a invité pour une exposition au mois de mars de « Monolithe 2 » dans la cour de ce merveilleux bâtiment à la Place Gutenberg. Maintenant, nous ne savons pas si une telle exposition peut avoir lieu en Mars, mais nous restons optimistes. Dans le pire des cas, ces expositions auront lieu plus tard.

Mais est-ce que vous pouvez travailler pendant ces phases de confinement ?

DB : Oui, tout à fait ! Je travaille dans mon atelier au Fort Kléber à Wolfisheim et même si l’époque est bizarre, ça fait du bien de pouvoir travailler. En plus, je crois que le message que je véhicule à travers mes œuvres, est aujourd’hui et demain encore plus important qu’hier.

Et comment fait une artiste comme vous pour survivre financièrement pendant une période où rien ne va ?

DB : Je n’avais jamais rien demandé à personne, même dans les situations les plus précaires, car j’ai appris à me débrouiller toute seule. Mais là et pour la première fois de ma vie, j’ai effectivement eu des aides de l’état et ça m’a permis de continuer. Ceci dit, les gens peuvent aussi acquérir mes œuvres et soutenir mon travail en le rémunérant, ce qui est quand même le rêve de tout artiste – gagner la reconnaissance pour le travail que nous faisons.

Dorota, si vous voulez bien, nous allons faire suivre deux autres articles. La semaine prochaine, nous allons présenter en détail « Monolithe 2 » et la semaine d’après, on parlera de votre philosophie…

DB : Avec plaisir ! A la semaine prochaine alors !

Vous trouverez de plus amples informations sur le travail de Dorota Bednarek sur son site Internet – la semaine prochaine, vous trouverez ici toute les informations sur « Monolithe 2 » ainsi que des informations comment acquérir les œuvres de Dorota Bednarek. Car être solidaire avec nos artistes, c’est bien – les soutenir concrètement en achetant leurs œuvres, c’est encore mieux…

source : http://eurojournalist.eu/une-artiste-hors-du-commun/